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Des médias en réinvention, entretien avec Jean-Marie Charon

3 juillet 2018

Entretien avec Jean-Marie Charon, sociologue des médias, à l’occasion de la parution de son livre ‘’Rédactions en invention. Essai sur les mutations des médias d’information’’ aux éditions UPPR,

Comment se caractérise la transformation des médias ?

– J-M C: Nous sommes passé d’une période où la presse se demandait si le numérique était une opportunité, à la période actuelle où un nouveau média est en train de se réinventer. Les modèles économiques ont été bouleversés, notamment par la baisse des recettes publicitaires et la gratuité de certains titres. Aujourd’hui, il y a un impératif économique et une forte transformation des publics. Les titres de presse dont devenus multisupports : cela implique de repenser les rédactions pour être en capacité d’alimenter tous ces supports. C’est aussi une autre chronologie : la production de l’information est désormais presque calée sur du 24 heures sur 24. C’est une rupture complète vis à vis de la presse traditionnelle.

Et les journalistes dans tout ça ?

– J-M C: On parle parfois du journaliste « Shiva », à qui on va demander de tout faire. En réalité, une nouvelle structuration apparaît : une distinction se dessine fortement entre des journalistes qui produisent l’information sans forcément tenir compte du support, et un autre type de journalistes, les éditeurs, emprunté au terme anglo-saxon editors. Ceux-ci ont un rôle plus étendu que les secrétaires de rédaction (SR) classiques : dans certains médias, ce sont eux qui choisissent d’adapter les productions pour chaque support, comme au Guardian, par exemple. En France, une grosse marche reste donc à gravir pour les SR, afin de prendre en main cette fonction d’édition dans un sens large. Chez les producteurs, le grand défi consiste à obtenir une information suffisamment intéressante pour convaincre le lecteur d’acheter l’information. Un autre volet apparaît également : le fast-checking, comme Les Décodeurs du Monde, mais également le datajournalisme. De nouveaux profils apparaissent aussi : chez Ouest-France existe par exemple une équipe de l’Edition du soir, avec une organisation et des profils différents (graphistes, etc), qui produisent un contenu éditorial original.

Comment va se jouer la monétisation de l’information ?

– J-M C: Avant on raisonnait tous publics. Il y a aujourd’hui une forte tendance à la personnalisation, c’est à dire au journal à la carte, où les contenus s’adaptent aux goûts des lecteurs. Une partie de la PQR va axer son offre vers une partie du public seulement : Nice Matin propose par exemple un journal de solutions. Par ailleurs, toutes les formes de presse ne donneront pas la même place au papier. Mais la presse n’est pas morte, loin de là : au Monde, le portefeuille d’abonnés a augmenté, avec plus de 100 000 abonnés et de nouveaux journalistes ont été recrutés. Idem au New York Times, qui a doublé son nombre d’abonnés payants fin 2017! L’épée de Damoclès reste aujourd’hui le mode de distribution de la presse, qui a récemment été mise en lumière par les difficultés de Presstalis. Si on fabrique de la presse papier mais que l’on ne peux plus arriver aux lecteurs, cela posera un problème.

Propos recueillis par Anna Quéré

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