LE CLUB DES CITOYENS DU MONDE HAÏTI, UN MOIS APRES
Mercredi 10 février 2010 - 18h30 une rencontre a eu lieu au Club de la Presse de Rennes et de Bretagne 9, rue Martenot – 35000 RENNES |
Une soirée Club des citoyens du monde pour mieux comprendre Haïti Agrémenté d'un buffet solidaire, confectionné par des Haïtiens de l'agglomération rennaise, le Club des citoyens du monde, a rapporté la somme de 100 € mercredi dernier dans les locaux du Club de la Presse. Elle sera versée au pasteur Jacky Leprat au bénéfice de la communauté haïtienne. Un autre don de 155 € a été libellé à l'ordre de l'Union des clubs de la presse de France et francophones (UCPF) pour Haïti, présidée par le Martiniquais Karl Sivatte. Un mois après le séisme, le Club de la Presse a participé à l'élan de solidarité sous la forme d'une soirée "Haïti" éclairée par les meilleurs experts locaux, dont les Haïtiens eux-mêmes, invités à témoigner sur la malédiction qui s'abat sur leur petit pays, grand comme la Bretagne, au point de pousser les « cerveaux » à s'exiler. Au passage, on a appris que la moitié des infirmières de New-York sont haïtiennes. On pourrait en dire autant des chauffeurs de taxis. Les Haïtiens rennais n'ont pas de mots assez durs sur la classe politique corrompue. Pour mieux comprendre la réalité du pays, un point d'histoire a été dressé par les journalistes Michel Rouger et Jean Abbiateci. « Il y a des causes à tous ces malheurs » explique le premier, ancien grand reporter à Ouest-France. Le constat n'est pas reluisant. Ancien producteur de riz et de canne à sucre, le pays importe aujourd'hui son alimentation. Les paysans, chassés par la misère, ont rejoint les villes, dont la capitale, Port au Prince, est devenue un bidonville. « Il n'y a plus d'Etat pour contrôler et organiser. L'Education coûte cher. L'enseignement public est inexistant.» Au final, c'est la diaspora haïtienne qui apporte l'essentiel des ressources. Depuis des années, le pays est soutenu à bout de bras par des ONG et des congrégations religieuses. Déléguée régionale de SOS Enfance sans frontières, Mme Rioux se bat pour la cause d'Haïti. « On soutient 73 écoles dans le pays. Aujourd'hui, notre priorité est l'aide alimentaire. On essaie d'avoir des tentes pour remplacer les écoles détruites. »
Membre de la congrégation du Saint-Esprit, Jean-Yves Urfié figure parmi les meilleurs connaisseurs rennais d'Haïti. Il a séjourné pendant 44 ans dans l'île et s'apprête à y retourner pour trois semaines. Parmi ses faits d'armes la création d'un journal écrit en créole et tiré à 26 000 exemplaires. Mais le quotidien a cessé de paraître quand un autre prêtre alors au pouvoir, le président Aristide, l'a fait interdire. Parmi les projets de Jean-Yves Urfié figure le lancement d'un lycée agricole. Ce ne sera sûrement pas pour enseigner la pousse des biocarburants. Un danger, selon lui, pour ce qui reste de terres arables. Quelles solutions pour Haïti ? Le tremblement de terre est une opportunité à saisir pour reconstruire le pays dans tous les domaines. Si l'espoir fait vivre, les Haïtiens exilés à Rennes s'interrogent. « J'aimerais retourner dans mon pays. Je voudrais retrouver de la fierté. Mais je ne vois pas encore comment » dit l'un d'eux. La mainmise américaine fait peur. Mais Haïti ne manque pas de ressources. Au passage, Jean-Yves Urfié rend hommage à la presse locale. « Les journalistes haïtiens sont remarquables. Ils ont été courageux pendant la dictature. » Reste que la presse, si brillante soit-elle, ne sera pas suffisante pour remettre le territoire sur les rails. Selon Michel Rouger, l'idéal serait de rechercher les futurs dirigeants du côté de la société civile. « A condition qu'on les fasse émerger. Je n'y crois pas » soupire un Haïtien. En attendant, Michel Rouger suggère une formule de gouvernance à double commande, de type Kosovo, en attendant que les Haïtiens soient capables de prendre eux-mêmes leur avenir en mains.
Alain Thomas www.clubpresse-bretagne.com
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