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Politikos: trois questions à Jean-Michel Djian, délégué général du festival

24 octobre 2018

Un festival du film politique à Rennes, pour « mieux comprendre l’exercice du pouvoir »

Du 1er au 4 novembre, le Couvent des Jacobins à Rennes accueillera Politikos, premier festival de cinéma consacré à la politique et au pouvoir. Une quarantaine de films à l’affiche et plusieurs débats, avec notamment François Hollande, Jean-Louis Debré, Robert Guédiguian, Karl Zéro….Jean-Michel Djian, délégué général, présente ce festival et s’explique aussi sur la polémique avec des acteurs bretons de la culture.
Trois raisons pour un Rennais d’aller à Politikos ?
La première: sur un sujet aussi complexe que le pouvoir, on pourra rencontrer à quelques encâblures du Parlement de Bretagne, haut lieu de son exercice singulier au XVIIIème siècle, ceux et celles qui aujourd’hui l’incarnent dans les régions ou à Paris, le filment à Marseille ou à New Delhi, l’étudient à New York, à Oxford ou à Barcelone.
La seconde, c’est de découvrir ou de redécouvrir, ici, dans la huitième ville étudiante de France ce que le cinéma (mais aussi la littérature) a fait de mieux pour comprendre les mécanismes du pouvoir politique dans une société qui en raffole. Voyez le succès des séries, comme Le Baron noir.
La troisième, c’est que des lieux aussi différents que le Couvent des Jacobins, le cinéma Arvor, Sciences-po Rennes ou le Tambour participent, sur un même thème et dans un même élan, à un événement culturel qui réunit une master class, une librairie, une exposition, des débats et évidemment des projections, dans un espace de proximité qui fait honneur à la ville.

On dit souvent que les journalistes et le pouvoir constituent un couple infernal…
C’est un fantasme. Il est infernal quand ce « couple » met lui-même en scène ses propres turpitudes, ses propres excès, et il en existe comme partout. Je suis journaliste depuis 26 ans et la question politique n’a jamais cessé de m’intéresser, même si la politique culturelle a été et reste encore ma passion, sur le plan universitaire. Pour avoir interviewé beaucoup d’hommes et de femmes politiques, dans l’exercice même de leur pouvoir comme dans leur traversée du désert, et avoir lié amitié avec certains, e puis vous dire que la grande majorité d’entre eux est habitée par l’ambition de servir avant tout leurs concitoyens.  Mais vous imaginez un instant le pays des Lumières sans journalistes politiques ? Un enfer démocratique !

La tenue et le financement de Politikos ont suscité des réactions dans le milieu culturel breton …
Nous n’avons pas tardé à nous en apercevoir en effet ; c’est une réaction normale en ces temps de disette budgétaire et d’interrogations sur le devenir des politiques culturelles. Mais en ce qui nous concerne, nous avons joué la transparence. L’association Politikos devait réunir 450 000 euros de subventions pour réussir son pari et on l’a fait. La Région a été la première à répondre favorablement en permettant que la subvention de 184 000 euros ne vienne pas en soustraction des crédits accordés au cinéma en Bretagne. Et c’est très bien ainsi. C’est donc au titre de « l’attractivité du territoire » qu’elle nous aide. La Ville de Rennes, elle, ne finance pas le festival. C’est la Métropole qui, grâce à une subvention de 100 000 euros, va nous permettre de couvrir la location du Couvent des Jacobins. Pour sa part, le Département et la Drac nous accordent chacun 30 000 euros pour permettre de financer l’offre pédagogique et culturelle à l’endroit des jeunes pendant et après le festival. Les sponsors EDF, JC Decaux, Orange, SNCF ont complété.

Faut-il rappeler que lorsque Libération organisait ses excellents Forums au TNB et aux Champs Libres dans les années 2010, il en coûtait aussi aux collectivités locales ! Et qu’à chaque fois, les plus bretons des Parisiens comme les plus parisiens des Bretons n’étaient pas les derniers à se battre pour que Rennes soit à la pointe des grands débats de société. Il en est exactement de même avec Politikos.

Propos recueillis par Paul Goupil
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