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Trois questions à Laëtitia Gaudin, auteure de Bienvenue Mister Chang

29 juin 2018

Après une diffusion sur France 3, ce documentaire de 52 minutes écrit par la journaliste Laëtitia Gaudin et réalisé par Anne Jochum, fait son chemin dans les salles et les festivals. Cette histoire d’exil d’une cinquantaine de laotiens en 1982 est aussi un témoignage sur l’accueil des habitants de Lanvénégen (56). Éclairant en pleine crise sur l’accueil des migrants en Europe.

Pourquoi avoir choisi de raconter l’exil de ces familles laotiennes qui remonte à plus de 30 ans ?
Laëtitia Gaudin : Cette histoire est comme une bulle d’enfance qui m’est remontée à la surface en 2015. Je venais de travailler sur les déplacements de population en Ukraine et en Irak et j’avais été marquée par mes reportages sur le démantèlement de la jungle à Calais. En constatant ce non-accueil fait aux réfugiés en France, j’ai repensé au village de Lanvénégen où j’ai grandi, entre Lorient et Carhaix. A l’école, un quart de ma classe était laotien. Enfant, jamais je ne m’étais dit qu’ils étaient des réfugiés… De fait, j’ai repris des nouvelles de mon amie d’enfance Maryse Chang pour qu’elle me raconte l’histoire de sa famille. Elle ne la connaissait pas, on a découvert qu’elle était issue de la minorité Hmong, chassée du Laos par les communistes pour avoir soutenu la France et les États-Unis lors des conflits d’Indochine puis du Vietnam. Ils ont débarqué en centre Bretagne sans rien et ont été accueillis. J’ai décidé d’en faire un film documentaire de 52 minutes avec Anne Jochum pour que ces témoignages soient diffusés largement. Tita Productions nous a suivi.

Quels choix avez-vous fait pour témoigner de la fuite douloureuse de ces Hmongs et de cette intégration réussie ?
LG : Il n’y a volontairement aucune parole d’expert ! On raconte une histoire singulière avec 35 ans de recul, celle d’un village qui s’est mobilisé pour permettre l’intégration de ces familles. Le Secours catholique s’est organisé pour scolariser les enfants, les secrétaires de mairie ont démêlé la situation administrative, les habitants ont aidé en leur faisant confiance. J’ai privilégié le récit, nourri de témoignages que je suis allée recueillir sur place et d’archives. On m’a fait confiance, j’étais du coin.

On découvre ces harkis du Laos intégrés dans un village breton grâce à l’école, la vie associative, le travail. Le ton n’est ni moralisateur ni culpabilisant, on ne prend pas le public en otage sur les questions migratoires de l’actualité. Mais on l’invite doucement à y réfléchir.

Quels sont les effets de ce film sur ses protagonistes et le public?
L.G : Cela a libéré la parole. En 35 ans, c’est la première fois que Monsieur et Madame Chang racontaient leur histoire. Ils étaient passés par des camps en Thaïlande, leur communauté a été pourchassée. Cela aborde également les enjeux de la double culture lors de l’exil, du barrage de la langue, du rejet des traditions par la deuxième génération. Maryse se sent française, elle travaille et a des enfants avec un breton. Elle ne parle pas la langue de ses parents qui eux ne possèdent pas tout son vocabulaire mais ils ont un recul géopolitique. Son frère se dit breton venu d’ailleurs. Monsieur Chang qui a travaillé durement à l’usine agroalimentaire dit qu’il a trouvé la paix profonde à Lanvénégen.

Le film répare l’oubli dans cette famille. Il ravive aussi les mémoires de ce petit village. A la première projection du film, la salle était pleine comme un œuf, tout le monde était là !

Je souhaite que ce film nous interroge simplement. Ce qui a été possible ici avec eux ne pourrait-il pas l’être encore aujourd’hui?

Propos recueillis par Marguerite Castel

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