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Trois questions sur la féminisation de la langue française

6 mars 2018

La question de la féminisation de la langue française a fait couler beaucoup d’encre depuis novembre dernier. Cette petite révolution, qui consiste à lutter contre les inégalités hommes-femmes en féminisant des noms de métiers et en modifiant des règles d’écriture, n’est pas toujours simple à appliquer. Comment aborder ce sujet avec les futur.e.s journalistes ?

Sandy Montañola et Béatrice Damian-Gaillard, enseignantes-chercheures à l’IUT de Lannion, n’avaient pas attendu les débats actuels pour aborder cette question avec leurs étudiant.e.s en journalisme.

Comment abordez-vous la question de l’écriture inclusive avec vos étudiants en journalisme ?
Béatrice Damian-Gaillard : Nous n’imposons pas l’écriture inclusive dans la formation : il nous semble qu’il vaut mieux en discuter que de l’imposer, c’est bien plus formateur. Mais comme nous faisons aussi de la recherche, nous estimons qu’il faut donner aux étudiants des outils d’analyse : c’est une question que j’aborde notamment en cours de sociologie, de manière transversale, dans des cours sur le genre ou la sexualité.
Sandy Montañola : Nous abordons aussi cette question dans des cours de linguistique, où l’on revient sur le poids social des mots. Car nommer, c’est pouvoir se projeter. Les enquêtes montrent d’ailleurs que féminiser des noms de métiers permet aux jeunes femmes de se projeter davantage dans des fonctions qui leur étaient peu ouvertes jusqu’à présent.

Certains journaux, comme Causette , Le Monde ou l’AFP ont décidé d’appliquer la féminisation des noms et l’écriture inclusive. Qu’en pensez-vous ?
Sandy Montañola : Ce ne sont encore que des premiers pas. Concernant Le Monde, l’écriture inclusive est appliquée seulement dans certaines pages. Pour l’AFP, elle peut paraître contradictoire avec le mode de la dépêche. Mais cela avance, et c’est un débat qu’on veut avoir au sein de l’IUT.
Béatrice Damian-Gaillard : Ce n’est qu’en pratiquant que l’on peut changer les choses, mais ce n’est pas facile. Certaines choses ne sont d’ailleurs pas stabilisées : on dit ‘’chercheure’’ ou ‘’chercheuse’’ ? ‘’Auteure’’ ou ‘’autrice ‘’? Tout cela se construit aujourd’hui.

Et vous, comment faites-vous concrètement ?
Sandy Montañola : A l’IUT, nous utilisons l’écriture inclusive dans les livrets, dans les documents et dans les mails. Pour ma part, quand j’écris un mail, je m’adresse ‘’aux tutrices et tuteurs’’, ‘’aux étudiant et étudiantes’’. Les élèves sont attentifs à cela. Dans les copies, en revanche, ce n’est pas quelque chose dont on tient compte. Mais les étudiants se demandent souvent comment cela se passera quand ils seront dans une rédaction.

Propos recueillis par Anna Quéré

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