Entretien avec Louis Echelard, président du directoire de Ouest-France:   » Notre obsession, c’est assurer la pérennité de l’entreprise

Le 28 octobre, François Régis Hutin annonçait qu’il quittait ses fonctions opérationnelles à la tête d’Ouest-France et que Louis Echelard lui succédait à la présidence du Directoire et comme directeur de la publication. Un mois plus tard, le nouveau patron nous présente ses priorités, dans un contexte économique tendu.

Photo Ouest-France de Jean-Michel Niester
Photo Ouest-France de Jean-Michel Niester

En 2006, vous arrivez à Ouest-France. Quel a été votre itinéraire?
–  Je suis un homme de l’Ouest. Pour ma formation et ma vie professionnelle, je me suis déplacé dans de nombreuses villes de l’Ouest : Rennes, Angers, Nantes, Brest. Ma formation d’ingénieur à l’ESEO et de gestion à l’IAE ne me prédestinait pas à la direction d’une entreprise de presse. Il y a 10 ans, j’ai basculé de la banque à la presse écrite en passant du Crédit Mutuel à Ouest-France.

Qu’avez-vous ressenti lorsque François Régis Hutin a annoncé sa décision?
– Vous pouvez aisément imaginer que ce passage de relais ne s’est pas produit subitement. De nombreux échanges avec M. Hutin et les membres des Conseils d’Administration et de Surveillance ont précédé ce changement. Je m’étais donc acclimaté à l’idée de diriger Ouest-France. Cependant, je dois avouer qu’au moment solennel de la transmission entre M. Hutin et moi-même, c’est un sentiment d’émotion qui a prévalu. Car instantanément je me retrouvais en première ligne dans une entreprise qui compte beaucoup dans la région, tant pour ses lecteurs que pour ses salariés.

Quelle est votre mission ?
– En qualité de Président du Directoire, ma mission consiste avant tout à animer une équipe dont l’obsession doit être d’assurer la pérennité de Ouest-France et de sa ligne éditoriale. Et cela dans une période difficile pour la presse écrite dans son ensemble. Les changements d’habitudes des lecteurs, la montée en puissance de la gratuité, l’arrivée de concurrences internationales non soumises aux mêmes contraintes réglementaires que nous, et qui n’hésitent pas à reprendre gratuitement les informations que nous élaborons, toutes ces évolutions compliquent notre métier, qu’il nous faut donc réinventer. Nous y parviendrons en mobilisant l’intelligence de tous les salariés du Journal, à tous les niveaux de l’entreprise et dans tous les secteurs.

Assurer la pérennité de l’entreprise, cela signifie que nous devons trouver de nouveaux moyens pour informer, créer probablement de nouvelles activités… sans jamais transiger sur le niveau de qualité des informations que nous délivrons. Nous sommes parvenus au fil des décennies à créer une relation de confiance avec nos lecteurs. Nous sommes conscients de cette richesse et la préserverons à tout prix.

Cela signifie aussi que l’entreprise doit être suffisamment rentable pour poursuivre une politique d’investissement dynamique. Il s’agit là d’une condition essentielle à son indépendance. Nous connaissons tous ces défis et affichons cependant une grande confiance en notre capacité à les relever. Car l’entreprise a des racines, des valeurs, des abonnés fidèles et des salariés engagés. Ouest-France a construit un dispositif exceptionnel, sans équivalent en France, avec 59 rédactions, 550 journalistes, 2500 correspondants locaux, 100 correspondants à l’étranger, dans lequel la rédaction de Paris a toute sa place. Chaque maillon participe à l’enrichissement d’un site internet et d’un journal dense (600 pages différentes chaque jour).

Quel est le cap pour vos équipes?
Ouest-France doit accélérer ses transformations pour devenir encore plus efficace et
mieux servir ses lecteurs et ses internautes, être plus performant et moins coûteux.
Cela concerne en premier lieu le journal papier qui doit s’améliorer, être mieux présenté,
proposer des thématiques nouvelles, être plus ponctuel, tout en restant accessible grâce à un prix le plus bas possible. En même temps, nous devons avancer sur la voie du numérique en proposant de nouvelles publications de plus en plus personnalisées, avec des contenus plus riches notamment grâce à des informations locales plus denses. Cela entraîne un fonctionnement nouveau dans lequel l’innovation prend une place centrale. C’est-à-dire que nos organisations et nos méthodes doivent changer. Malgré nos racines, nous devons être agiles, compétents dans les nouveaux domaines de la technologie, curieux des idées des autres, où qu’ils soient sur la planète. Nous devrons par conséquent investir, former, recruter les compétences qui nous manquent, et ainsi créer les conditions d’un processus d’innovation continue.

Recueillis par Paul Goupil