Nicolas Legendre, grand reporter sur les routes de la vodka

Nicolas Legendre est un solide. Certes, ce journaliste et écrivain (être les deux n’est pas si fréquent) a l’âme et la santé du reporter, mais là, chapeau ! Tenir la marée face aux gars (très peu de filles…) du Caucase n’est pas à la portée du premier Breton venu.

Cette « expédition éthylique » dans l’ex-URSS fut éprouvante. Mais la ténacité de Nicolas, appuyée sur son désir de nous faire comprendre de l’intérieur, à hauteur d’homme, ce qui anime les Kazakhs ou les Géorgiens, donne à ce livre la puissance du grand reportage, tendance rock, façon Hunter Thompson. L’émotion est palpable lorsque se confient Hidayat, liquidateur de Tchernobyl, damné de la terre nucléaire, ou Natalia, ouzbekh qui voudrait tellement quitter son mari violent et partir à l’ouest. Si la vodka s’est imposée comme le fil rouge de ce voyage, c’est qu’elle libère la parole, les blagues, mais aussi les confidences, les colères. Elle dit la vie des peuples, les guerres et les passions.

Nicolas restitue, avec de vrais bonheurs d’écriture, les histoires individuelles et la Grande Histoire, que nous connaissons si peu. Il célèbre « la beauté du banquet » qu’il résume ainsi: « boire jusqu’à plus soif, dire de belles choses, enfin tout saborder – quitter l’arène au firmament.  » Merci, Nicolas, de nous le faire toucher, sans … nous saoûler!

Paul Goupil

Les routes de la vodka, de Nicolas Legendre, Arthaud Poche, 8,90 euros