Francois-Xavier Lefranc, rédacteur en chef à Ouest France: Pourquoi Ouest-France a franchi la Seine

DSC07073 (2)Depuis le 2 décembre, Ouest-France diffuse sa 53e édition dans l’Eure et la Seine-Maritime (3150 exemplaires dans cent vingt points de vente pour commencer, pas de portage). La zone du journal s’étend désormais sur 3 régions et 14 départements. L’enjeu est la nouvelle grande Normandie, comme l’explique François-Xavier Lefranc, rédacteur en chef.
-Pourquoi ce choix de sortir de votre zone traditionnelle ?
– » Jusqu’ici, il y avait vraiment deux Normandie: la Basse où nous sommes présents depuis très longtemps et la Haute. La réunification arrive, elle s’impose à nous, mais elle est aussi une belle opportunité pour tous ceux qui veulent édifier une grande région, plus puissante que la Bretagne par son produit intérieur brut. Mais Bas et Hauts Normands ont du chemin à faire pour partager le même sentiment d’appartenance à leur grande région. Pour Ouest-France, ne pas y aller aurait signifié qu’on ne parle qu’à la moitié de la région, c’est-à-dire rater le train de l’Histoire. Le poids des métropoles de Rouen et Le Havre (30%de la richesse nationale passe par son port) et le littoral qui va de Cherbourg au Havre sont des atouts de poids. Le maritime, l’agro-alimentaire, l’aéronautique, mais aussi la culture comptent. Alors, on y va avec humilité et bonheur. »
Quel est votre créneau, et quels sont vos moyens?
-« Nous voulons faire une information régionale, populaire et de qualité, pour tous ceux qui s’intéressent à la construction de cette région. Nous ne faisons pas la guerre à Paris-Normandie, qui est en situation difficile. Nous n’ouvrons pas de bureaux, nous travaillons avec quatre reporters régionaux, dont l’un est spécialisé dans le domaine agricole et des pigistes de l’agence APEI. Le pilotage de cet espace régional (trois pages au moins et deux pages sports) est assuré à Caen, pour le papier et pour le numérique. Nous privilégions le reportage, la diversité, et le débat. C’est un challenge: le taux de pénétration de
la presse quotidienne est faible, à côté notamment des 17 hebdomadaires de notre groupe. »
-Avez-vous déjà des retours, venant des acteurs locaux?
-«  Oui, positifs. Les maires de Rouen, Le Havre ou Evreux, nous avaient dit »Venez! » Plusieurs commentaires spontanés nous encouragent: « Il y a du contenu, ça va aider la région. » Notre offre générale, début et fin de journal, est la même qu’ailleurs; nous sommes légitimes à l’échelon régional: cela nous donne une assise. Maintenant, nous allons avancer pas à pas, en essayant de constituer un réseau, de nous glisser dans le paysage, comme l’eau entre les rochers. »

Propos recueillis par Paul Goupil