Jean-Marie Cavada, député européen Droits d'auteur et presse: "Obligeons les géants du net à négocier" 

Face au pillage des contenus éditoriaux sur le net, une bataille s’annonce cet automne au Parlement européen. Jean-Marie Cavada, vice-président de la commission des Affaires juridiques dans cette assemblée, ancien patron de Radio-France, est engagé depuis dix ans dans ce combat. Il refuse que le marché européen des contenus soit capté par les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple).

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans ce combat pour le droit d’auteur?
– « En tant qu’ancien journaliste, je surveille la question de la préservation d’une rémunération juste, et d’une valorisation des contenus à valeur ajoutée, en particulier ceux de la presse. Le projet de constitution d’un marché numérique européen pose le problème du droit d’auteur sous un jour nouveau. Il faut que les propriétaires des tuyaux qui diffusent ces contenus cessent de faire du commerce avec ce qu’ils n’ont pas acheté. Déjà, les GAFA doivent payer leurs impôts là où ils ont leurs utilisateurs. Obligeons-les à négocier. »

Est-ce que le rapport de forces a évolué ?
– « Oui, nous gagnons du terrain, mais la vigilance s’impose. Il y a dix ans, j’étais perçu comme un maniaque français, tenant d’une corporation. Aujourd’hui, en Espagne, en Italie, ou en Allemagne notamment, des députés ont compris le bien-fondé de la promotion des droits d’auteurs, et de leur réactualisation. L’an dernier, un rapport ultra-libéral qui ignorait cette question a été rejeté en séance plénière. Il est vrai que la création artistique au sens large a une vraie valeur économique: 536 milliards d’euros en Europe. »

Le nouveau paysage politique français est-il favorable?
– « J’ai confiance en Emmanuel Macron, sur ce sujet. Son idée de l’Europe, sa relation avec l’Allemagne, m’inspirent confiance. D’autre part, les éditeurs de presse, notamment la presse régionale, sont conscients de la nécessité de se faire entendre et de sensibiliser les élus. On ne laissera pas détruire les sources créatrices de bons contenus. Je crois que l’émerveillement devant le net va s’atténuer et que la consommation d’information va devenir plus sélective. Je prends le pari que la puissance humaine sera plus forte que la puissance des algorithmes. »

Recueilli par Paul Goupil