Michel Le Bris, festival Étonnants voyageurs: "Les médias doivent se battre pour la vérité"

Cet édito est devenu un manifeste. Le texte de Michel Le Bris, directeur du Festival Étonnants voyageurs, va être relayé par l’hebdomadaire, Le 1, juste avant le rendez-vous de Saint-Malo (3-5 juin). Sous le titre « Nous sommes plus grands que nous », l’écrivain défend l’idée que la démocratie et la littérature doivent répondre aux mêmes questions. Il nous explique pourquoi les médias sont impliqués dans ce combat pour la vérité.

Le premier après-midi du festival sera centré sur la question « Démocratie et littérature dans le combat pour la vérité », pourquoi ce choix?
« Parce qu’il n’est pas de question plus urgente, et à l’échelle du monde, que celle de la démocratie. Partout menacée, comme si nous avions perdu ce qui lui donnait sens, et qu’il s’agit de défendre, en l’interrogeant. Nous essaierons, lors du festival, de susciter la réflexion sur le nécessaire combat pour la vérité, où la littérature, mais aussi les médias sont convoqués. »

Ce sera le thème du débat du samedi après-midi 3 juin
« Oui, y participeront : l’écrivain Russel Banks, Julien Bisson qui dirige la revue America, lancée par
François Busnel et Eric Fottorino (Le 1) et Bernard Geniès (L’Obs). Le journaliste Ron Suskind, éditorialiste au Wall Street Journal et qui prépare un livre sur Trump, témoignera de ce combat dans les médias américains, bousculés par la mutation technologique et remis en question par des réseaux qui font leur miel de la désinformation. Souvenons-nous de cette phrase de Vaclav Havel: « Les écrivains doivent être les gardiens du sens des mots. » De même que la littérature a la capacité de dire le monde avec rigueur, les journalistes sont invités à défendre leur travail de tri, d’enquête, de décodage. La presse ne survivra que si elle fait deux pas en arrière, en proposant ce qu’on ne trouve pas sur le net. »

Vous défendez une conception anglo-saxonne: priorité aux faits…
« Oui, dans les médias en France, le réel est trop souvent télescopé par les opinions, l’idéologie. Or, nous avons besoin du travail sur les faits. On l’a vu pendant la campagne présidentielle, face à des candidats qui nient le réel pour affirmer des contre-vérités, c’est le rôle des journalistes que de rappeler les vrais chiffres, d’expliquer les mécanismes de l’économie, de vérifier les données en allant sur place. Il n’y a pas de démocratie si l’information ne donne pas à chacun la capacité à former son jugement. Sinon, on devient le réceptacle de la rumeur. »

Propos recueillis par Paul Goupil