Muriel Mandine, secrétaire de rédaction à Ouest-France : "l'exigence du premier lecteur"

Secrétaire d’édition (pages locales) puis de rédaction (pages générales) depuis vingt ans, Muriel Mandine, 48 ans, a une idée exigeante de ce métier de journaliste, tel qu’elle l’exerce à Ouest-France. « Il faut le faire avec passion, chaque jour. » Entretien.

Votre parcours entre locales et pages générales?
– « J’ai débuté comme vacataire à la locale de Rennes, j’étais rédactrice. Puis, ce furent les débuts de dimanche Ouest-France, et les miens comme secrétaire d’édition, et la rédaction de Caen, où je reviendrai avec ma titularisation en 2000, après un passage à La République du Centre-Ouest. Je retrouve Rennes en 2001, où je serai chef d’édition de 2003 à 2010. Je demande alors à retourner sur le terrain, comme reporter d’édition : ce sera à Rennes-est de 2010 à 2014. Je suis nommée  ensuite au pôle Cultures, puis au siège, à la Mise en scène des pages générales à partir de 2015. »
Qu’est-ce que vous retenez de ces expériences?
– « Pour être un bon secrétaire de rédaction, il faut avoir fait du terrain. Cela permet de parler en connaissance de cause aux correspondants en locale, avec lesquels il faut user de diplomatie et de fermeté, et aux collègues rédacteurs, qui ont parfois des egos forts (sourire). Leur faire comprendre que si tu changes un titre, une formulation, c’est justifié par une exigence de qualité et de clarté dont tu es responsable en tant que premier lecteur. Bien sûr, il faut être à l’aise avec les outils de mise en page, être organisé, suivre l’actualité : tout ce qui va te permettre de conquérir une légitimité. Si tu changes quelque chose, c’est justifié. Tu t’es posé les bonnes questions : qu’est-ce que j’apprends avec ce papier ? Est-ce que la photo convient? La paresse est l’ennemi du secrétaire de rédaction. Pour être pertinent, il faut être à l’affût des sujets, avoir une bonne culture générale. »
Le net a changé l’exercice du métier?
– « Oui, en accélérant les choses, en imposant la réactivité. Avec du positif (il faut être dans le coup) et du négatif (sur le papier, parfois, on veut trop suivre le mouvement de l’actualité). Priorité au web ? Oui, mais attention à ne pas détricoter le journal. Si un jour, il ne devait plus y avoir de relecteurs, le journal serait en danger. Nous sommes là pour valoriser le travail des rédacteurs. Nous répondons de la qualité des articles et du respect des gens dont nous parlons. De ceux qui achètent le journal. Avec un souci éthique, important à Ouest-France, et auquel j’adhère. Notre vigilance doit être portée par une haute idée du métier. »
Recueilli par Paul Goupil
Photo: Jean-Paul Jaslet