« A l’oreille des politiques » : la longue enquête d’Aurore Gorius

Le 17 mars , une commission sénatoriale publiait son rapport sur « l’influence croissante des cabinets de conseil sur les politiques publiques ». Le débat s’est focalisé sur le cabinet McKinsey mais une vingtaine de sociétés représentent 55 pour cent de ces marchés.

C’est le moment de lire les 149 pages d’enquêtes en bande dessinée que publie La Revue dessinée, en partenariat avec Les Jours. Pendant cinq ans, la journaliste Aurore Gorius a enquêté sur les coulisses de la décision publique. Elle révèle, dissèque, met en scène, le pouvoir discret mais pesant des lobbyistes ,et de certains communicants, et leur proximité avec les cabinets ministériels.
Le trait du dessinateur Vincent Sorel et les fresques de l’illustrateur Vincent Mahé captent intelligemment l’attention. Le chapitre sur les lobbyistes (pp. 54-93) est un modèle d’investigation chez ceux qui font pression sur les élus, livrent des amendements clés en main ou des études sur mesure. Amiante, glyphosate, nucléaire… Les lobbyistes ont su «créer une zone grise dans la fabrique de la loi».
 
Peut-on amender ce système ? Gaëtan de Royer , patron du cabinet KOZ, interrogé par Aurore Gorius, veut y croire: « Il existe un fossé culturel entre les mondes politique et associatif », dit-il. L’outil The Good Lobby, créé en 2015, met justement en relation société civile et pouvoirs publics. Une démarche plus vertueuse ? À vérifier.

Paul Goupil