Édito – Quel cap pour les médias publics avec la fin de la contribution à l’audiovisuel public ?

La redevance audiovisuelle – ou contribution à l’audiovisuelle public (CAP) – était un système perfectible. C’est indiscutable. Et la présidente de France télévision, Delphine Ernotte-Cunci, n’a pas manqué de le rappeler lors de son audition devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, en juillet dernier.

Pourquoi avoir voulu la réformer alors ? Pour redonner du pouvoir d’achat aux Français.es ? Billevesée ! Sous prétexte d’offrir 138€ d’économie annuelle à 23 millions de foyers, les parlementaires ont pris le risque de bouleverser un système dont l’équilibre financier garantissait l’indépendance des lignes éditoriales et des rédactions de Radio France, France Télévisions et autres.

Car la loi de finance rectificative pour 2022 en décidant de substituer à la CAP une part de TVA, jusqu’en 2024, vise à modifier en profondeur le financement de l’audiovisuel public et donc son indépendance. Les médias ne sauraient en effet pâtir de régulations budgétaires décidées au gré des orientations politiques. D’autant que la prévisibilité, synonyme de vision pluriannuelle, et le dynamisme des ressources, seul à même de lutter efficacement contre le risque inflationniste, ne figurent pas dans ce texte.

Sans compter que la pérennité était en partie assurée par cette recette affectée ; et donc non susceptible d’être impactée par le bon vouloir des dirigeants. Quand bien même les exonérations auraient dû être compensées par le gouvernement… ce qui n’a jamais été fait. Et qu’en outre, la publicité permettait d’assurer une forme d’indépendance vis-à-vis du pouvoir et évitait que le privé ne s’accapare seul cette manne.

Pourtant une autre voie existait, comme l’a également rappelé Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias monde, lors de cette même audition. Sans forcément opter pour une contribution universelle proportionnelle aux revenus, à l’instar des pays scandinaves ; ni pour un financement directement issu du budget de l’État, comme l’Espagne, le Danemark et les pays d’Europe de l’est. Elle proposait ainsi de maintenir la CAP avec la possibilité pour les Français.es y étant assujettis de la déduire de leur impôt.
L’audiovisuel public aurait ainsi bénéficié d’un financement dédié et garanti en évitant de devenir média gouvernemental. Et nos concitoyen.nes auraient pu continuer de découvrir régulièrement un livre, de se rendre à un concert, d’aller au théâtre, au cinéma ou au stade… et de s’informer. Des notions essentielles à l’heure où la pandémie puis la crise économique ont contraint nombre d’entre eux à y renoncer.

Une évolution sans doute trop simple pour les technocrates qui dirigent ce pays et qui avaient déjà imaginé, en 2009, interdire la publicité après 20h sur les chaînes publiques. Rappelant que « la garantie de ressources de l’audiovisuel public est une condition de son indépendance et le pluralisme et l’indépendance des médias du service public constituent des objectifs de valeur constitutionnel ». le Conseil constitutionnel » a donc enjoint le législateur de « fixer le montant de ces recettes afin que les sociétés et l’établissement de l’audiovisuel public soient à même d’exercer les missions de service public qui leur sont confiées ». Reste à savoir si cela suffira à garantir la pérennité de médias essentiels à la démocratie.

Stéphane de Vendeuvre et André Garcia, co-présidents, Club de la Presse de Bretagne