Elyass, journaliste afghan : « Un renvoi dans mon pays signifierait la mort »

Il a fui son pays, l’Afghanistan, pour échapper aux menaces des Talibans. Après un long exode, Elyass, journaliste, est arrivé en Suède, où l’on a refusé d’enregistrer sa demande d’asile. Il a ensuite rejoint la France et a vécu d’abord dans un camp de migrants à Saint Denis. Sa nouvelle requête pour un asile politique a été invalidée par le tribunal administratif de Paris, en raison du protocole de Dublin, qui limite l’instruction de la demande à un seul pays. Aujourd’hui, il est assigné à résidence à Rennes, avec obligation de se présenter à des contrôles, deux jours par semaine. La fédération internationale des journalistes (FIJ) appelle Paris à accorder l’asile à Elyass. Le Club de la presse de Bretagne s’associe à cet appel, pour un confrère dont la situation a été évoquée sur France 3 Bretagne et dans Ouest-France.

Nous avons joint Elyass Ehsas. Il nous raconte ce qu’il a vécu dans son pays comme journaliste.

Ecoutons Elyass : « J’ai 27 ans, je suis originaire du centre de l’Afghanistan, et ai d’abord vécu dans la province de Baghlan au nord. Je suis journaliste de TV, mais je me présente maintenant comme un ancien correspondant de guerre. J’ai couvert les attaques des Talibans, ce qui a entraîné de fréquentes menaces contre moi. Un jour, un membre des Talibans m’a téléphoné et m’a accusé de trahir mon pays. Ensuite, quand j’ai refusé de collaborer avec eux, on m’a menacé. J’ai alerté la police mais rien n’a été fait. Le chef du commissariat proche de chez moi m’a dit d’acheter un fusil et d’assurer ma propre sécurité. Je suis resté sans voix… Un ami qui travaille dans le renseignement afghan a vérifié l’origine des appels de menaces et m’a dit de les prendre au sérieux. Il m’a recommandé de quitter le pays. Aujourd’hui, je demande à la justice française de protéger la liberté d’expression. Le journalisme n’est pas un crime et il devrait me donner le droit de vivre en paix. Si je suis renvoyé en Suède, puis en Afghanistan, je serai en danger de mort à cause des Talibans.

Carole Bohanne, présidente du MRAP à Rennes, suit le dossier d’Elyass, et d’autres Afghans. Elle précise : « Le délai pour un renvoi éventuel vers la Suède court jusqu’à la mi-juillet. Il n’est pas sûr que la Suède renvoie Elyass dans  son pays, mais il resterait sans papiers. Les menaces dont il est l’objet plaident pour une mesure de clémence. Les autorités rennaises connaissent la situation. Nous espérons une issue positive. »

Recueilli par Paul Goupil