Inès Léraud et la liberté d’informer sur l’agroalimentaire

« L’affaire devient politique. » C’était le titre de l’excellent article de notre consœur de France 3, Muriel Le Morvan (20 mai). On sait qu’Inès Léraud, journaliste indépendante, a été convoquée par la Justice pour une audience prévue en janvier au Tribunal de grande instance de Paris. Elle est attaquée pour diffamation par un chef d’entreprise de Guingamp, Jean Chéritel, pour un article dénonçant, à travers plusieurs témoignages, les conditions de travail et les rapports sociaux dans l’entreprise.

Inès Léraud a enquêté pendant trois ans sur l’industrie agro-alimentaire bretonne. Ce travail, appuyé par les reportages de plusieurs confrères ou consœurs de la région, a été publié sous forme de BD (« Algues vertes, l’histoire interdite ») par La Revue dessinée, vendue à 46.000 exemplaires. Elle y dénonce « la fabrique du silence » que connaît bien le Collectif de défense des victimes des pesticides, face notamment au groupe Triskalia. Les plaintes qui ont visé Inès Léraud sont autant de tentatives d’intimidation. » C’est pourquoi un collectif de journalistes s’est créé à partir de la Bretagne pour « défendre la liberté d’informer » sur le secteur de l’agroalimentaire. Il collecte également des témoignages de journalistes ayant subi des pressions en travaillant sur les questions agricoles et agroalimentaires, par courriel.

Dans une tribune publiée par Libération, les signataires ont expliqué notamment que l’invitation de la journaliste au Salon du livre de Quintin en mars 2020 avait été annulée, après l’intervention d’un élu de la municipalité, salarié de la Chambre d’agriculture. D’autre part, la maison d’édition Skol Vreizh aurait  selon les signataires, « préféré renoncer au projet de traduction en breton de la BD, de peur de perdre des
subventions du Conseil régional. » 

Jean-Michel Le Boulanger, vice-président délégué à la Culture, a contesté cette affirmation, dont les signataires disent pourtant qu’elle a été « vérifiée ». Le 12 mai, Jean-Michel Le Boulanger a voulu rassurer la maison d’édition : « Je n’ai jamais pratiqué ce type de sport. La liberté d’expression est un principe et on ne transige pas avec les principes. »

Le président du Conseil régional : « D’accord pour une
information et une parole publique libres »

Lundi après-midi, le président de la Région , Loïg Chesnais-Girard, a répondu à la lettre ouverte des journalistes. En voici l’essentiel :
« Pour moi, c’est OUI !
Oui pour contribuer à garantir une information et une parole publique libre, sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne.
Oui, je peux certifier que tous les journalistes peuvent interroger la Région, en toute transparence et indépendance, à chaque fois que cela est nécessaire.
Oui, je peux assurer, comme je l’ai dit à Inés Léraud et au président de Skol Vreiz, qu’aucune maison d’édition ne verra ses subventions coupées pour la publication de la BD « Algues vertes, l’histoire interdite », en breton ou en gallo.
Oui, je m’engage à poursuivre notre soutien aux lieux de formations universitaires à l’information, en Bretagne, comme nous le faisons avec l’IUT de Lannion.
Oui, je suis disponible pour accompagner la création d’un observatoire régional indépendant des libertés de la presse. (…) Je m’engage à participer au démantèlement de toutes les autocensures qui empêchent les journalistes de travailler sereinement.
Oui, je suis volontaire pour faire en sorte que la presse puisse faire son travail en toute indépendance et en toute impartialité en Bretagne. »
Le président de la Région se dit prêt à recevoir le collectif des journalistes ou ses représentants.

Le Club de la Presse s’associe à la démarche du collectif des journalistes bretons

Le Club de la presse de Bretagne soutient la lettre initiée par un collectif de journalistes bretons, adressée aux président et vice-présidents du Conseil régional. Il leur est demandé de « contribuer à garantir une information et une parole publique libre sur les enjeux de l’agroalimentaire », et d’aider à la création d’un observatoire régional des libertés de la presse.

> Pour signer la lettre pour les journalistes, cliquez ici
> Pétition grand public
Contact: kelaouin@protonmail.com