Journées rennaises de la laïcité : le Club de la Presse de Bretagne ouvre les débats avec une table ronde sur les aumôneries

Vendredi 1er décembre, le Club de la Presse de Bretagne a ouvert la quinzaine consacrée à la laïcité à Rennes et en Ille-et-Vilaine par une table ronde sur « l’adaptation du principe de laïcité au travers des aumôneries ». L’occasion de revenir sur la loi de 1905, portant séparation des Églises et de l’État et sur cette spécificité qui contribue à garantir la liberté de conscience, le libre exercice des cultes et l’encadrement de la pratique religieuse dans l’espace public.

Qu’est ce qu’une aumônerie ? Comment fonctionne t-elle ? Et quelle est son utilité ?

Autant de questions qui ont été posées aux quatre participants de la table ronde organisée par le Club de la Presse de Bretagne, vendredi 1er décembre, à la salle de la Cité, à Rennes (Ille-et-Vilaine), en ouverture des journées rennaises et brétiliennes de la laïcité. Quatre participants, tous concernés par ce sujet méconnu.

Trois aumôniers – Jean-Pierre Boulangé pour l’église catholique, Joël Thibault pour l’Eglise Evangélique et Mohamed-Iqbal Zaïdouni pour le conseil régional du Culte Musulman – et un professeur de droit, Aurélien Rissel, maître conférence à l’Université de Rennes 1 et responsable du DU « Religions, droit et vie sociale ». Car depuis le décret n° 2017-756 du 3 mai 2017, les aumôniers rémunérés doivent « obligatoirement être titulaires d’un diplôme de formation civile et civique ou, à défaut, s’engager à l’obtenir dans un délai de deux ans après leur recrutement. »

Liberté religieuse

Quelques 120 ans, après la consécration de la séparation de l’Église et de l’État par le Législateur il semblait logique que le Club de la Presse de Bretagne s’intéresse à l’épineux sujet de la laïcité. D’autant que l’association a piloté l’édition 2022 des Journées rennaises de la laïcité. Mais surtout parce que la laïcité pose encore et toujours question. Au point d’être souvent considérée comme une neutralité religieuse.

Or la loi du 9 décembre 1905, vise beaucoup plus que cette neutralité, puisqu’elle reconnaît en son article 1er la liberté religieuse. « La République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». En clair, elle prolonge l’article 10 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, en consacrant la liberté d’opinion… et donc la liberté religieuse qui suppose la liberté pour chacun d’exprimer sa religion, celle de la pratiquer et celle de l’abandonner, dans le respect de l’ordre public.

Quatre domaines concernés par la loi de 1905

Rien d’étonnant dès lors à ce que la « la République ne reconnaîsse, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », comme le précise l’article 2 de la loi de 1905. A une exception près. « Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. »

Et à ces quatre domaines, il convient d’ajouter les aumôneries militaires. Organisées par la loi du 8 juillet 1880, puis par le décret du 1er juin 1964 et enfin par un décret du 30 décembre 2008, modifié en dernier lieu par un décret du 22 juin 2022, celles-ci concernent quatre cultes : catholique, israélite, musulman et protestant. Et chacun d’eux est organisé en structure hiérarchisée. Les aumôniers en chef des quatre cultes sont ainsi nommés par le ministre de la défense sur proposition des autorités religieuses ; les autres aumôniers étant nommés sur proposition de leur aumônier en chef.

Une organisation méconnue et qui est pourtant étudiée dans le cadre de « l’observatoire du fait religieux au sein du centre de recherche de l’académie militaire ». Une organisation complémentaire de celle prévue par la loi de 1905 et qui, à terme pourrait bien inspirer les organisateurs des Jeux Olympiques de Paris 2024 ; puisqu’une aumônerie du sport sera mise en place. Autant de raisons qui ne pouvaient qu’inciter le Club de la Presse de Bretagne à s’emparer d’un sujet d’actualité à l’heure où le principe de laïcité semble de plus en plus remis en cause.

Stéphane de Vendeuvre