Le Bel Espoir renaît : une expo et un livre racontent l’épopée

À Brest, c’est l’exposition phare des Capucins jusqu’au 4 septembre. Photos et témoignages documentent la reconstruction du navire et retracent l’histoire de l’AJD* fondée par le Père Jaouen.

Le grand public avait découvert le navire le Bel Espoir, lors des fêtes maritimes de Brest en 1992 et à travers un focus que lui avait consacré l’émission Thalassa (France 3), mobilisant l’opinion pour sa première reconstruction. Les marins et les professionnels de la réinsertion connaissaient la goélette depuis 1968, lorsque Michel Jaouen, jésuite breton, l’avait acquise pour embarquer des « gens dont la société ne voulait pas ». Cet ancien aumônier de prison à Paris avait créé l’Aumônerie des jeunes délinquants en 1951. Il inventait ensuite la voile sociale pour faire vivre l’expérience de la mer aux anciens détenus, aux jeunes en décrochage scolaire, aux anciens toxicos, aux abîmés.

A la barre : l’association AJD , devenue Amis des Jeudi-Dimanche, basée à l’Aber Wrac’h, dans le Finistère Nord. Aux sources du prêtre marin. Le leitmotiv : la responsabilisation, l’apprentissage par soi-même. Peu à peu les embarquements se sont ouverts à tous, offrant une mixité sociale féconde, loin du rivage et des clivages. Au compteur du trois-mâts de 37 mètres, vingt tours du monde entre 1994 et 2017, et près de 13000 personnes embarquées. Un violent orage couche le Bel Espoir en 2017. L’AJD lance la reconstruction vaille que vaille. Un chantier colossal est mené entre Concarneau et l’Aber Wrac’h. Pour quelques jeunes c’est aussi une opportunité d’apprentissage et de s’impliquer dans cette aventure singulière au chantier naval Le Moulin de l’enfer.

Rudesse en mer, les visages radieux

Virginie de Rocquigny (journaliste) et Nedjma Berder (photographe), tous deux connaisseurs du monde maritime, font un reportage pour la Revue le Chasse-marée. « On s’est fait happé par l’âme du bateau et la matière AJD. Ce sont des histoires humaines importantes qui portent des problématiques contemporaines », souligne l’auteure. Cette riche matière les entraîne sur un livre, paru aux éditions Chasse-marée en octobre 2021. Puis une expo grand public, présentée aujourd’hui aux Capucins à Brest (un million de visiteurs annuels). « Le passage des Arpètes, c’est comme une rue, c’est mieux qu’une salle ! ».

L’approche est à entrées multiples, volontairement non-académique. De larges panneaux de bois (récupération de décors de cinéma) servent de supports bruts pour accueillir les tirages des photographies de Nedjma Berder, collés à la manière des affiches de rue. Des grands formats, afin d’habiter l’espace colossal. Se mêlent des extraits de témoignages (stagiaires en formation, formateurs, bénévoles, anciens équipiers), des paroles collectées pendant deux ans. Le portrait d’une époque et d’une génération. Les matières brutes, la rudesse du quotidien contrastent avec les visages radieux, la générosité, l’ouverture et la passion des paroles recueillies. « Nous avons choisi d’explorer la mémoire de manière très incarnée », confie la journaliste.

Au cœur de la scénographie, une rotonde pour remonter toute l’histoire, au gré d’une frise ponctuée de photos d’archives. C’est une formidable épopée qui donne de l’élan.

Le Bel Espoir sera dévoilé aux Fêtes maritimes de Brest en juillet. Il reprendra la mer en 2023.

Marguerite Castel

*L’AJD affrète deux navires, le Bel espoir II et le Rara Vis. info@belespoir.com 02.98.04.90.92