Jacques Trentesaux, porteur du projet Mediacités, l'enquête dans les métropoles

 

« L’investigation sans concession »: ainsi se présente Mediacités, le site lancé en décembre à Lille et qui promeut l’enquête dans les métropoles. Il ouvrira une édition à Lyon, Toulouse et Nantes, au printemps prochain. Entretien avec Jacques Trentesaux, 50 ans, ancien de l’Express, porteur du projet.

 

Pourquoi ce choix des métropoles?
– « D’un côté, vous avez des métropoles de plus en plus puissantes, qui tirent la croissance, de l’autre des journaux dominants mais affaiblis par le recul de la diffusion et de la publicité, qui prennent de plein
fouet la révolution numérique. La tendance est de se recroqueviller: pensez que La Montagne n’a plus de correspondant à Lyon! Les journaux nationaux ont, pour la plupart, laissé leurs correspondances régionales. Nous voyons donc des pigistes gâchés, sollicités en deçà de qu’ils peuvent produire. Notre pari est de lancer de bons professionnels, ayant une connaissance du terrain et un carnet d ‘adresses, avec du temps et une bonne rémunération. Ils sont reliés à deux rédacteurs en chef (nous avons aussi deux commerciaux et deux techniciens avec nous) car les journalistes ont besoin d’échanges réguliers.

Au départ, quelle était votre intuition?
– « Mes trois ans à la tête des éditions locales de l’Express m’ont convaincu qu’il y avait un véritable espace d’enquête dans les régions. Les deux plans développement que j’ai proposés aux directions successives n’ont pas été pris en compte. Du coup, je me suis formé, j’ai étudié l’environnement et je me suis lancé en embarquant des collègues, après avoir peaufiné une sorte de start up de l’info. Première étape: Lille; vrai lancement au printemps avec dans l’ordre, Lyon, Toulouse  et Nantes. Notre point mort, c’est 3.000 abonnés par ville dans les 3 ans. Nous testons le marché, nous regardons à quoi les gens réagissent, et nous allons faire appel au financement participatif (plate-forme Ulule). En même temps, nous voulons créer du débat, des clubs d’ambasseurs. Vendre de l’information, c’est culotté. On se donne six mois pour la levée de fonds auprès d’investisseurs aux motivations différentes: faire une B.A., profiter des règles de défiscalisation, ou…faire parler d’eux. Notre statut de SAS (Société anonyme simplifiée) est souple et garantit notre indépendance. »

Et les lecteurs?
– « Si nous faisons de l’enquête, c’est pour que les citoyens connaissent leur environnement. Nous ne sommes pas dans le « tous pourris », mais dans une démarche citoyenne, pour que le public puisse peser, voire s’engager. Que l’information reste ou devienne un bien d’intérêt général est un vrai enjeu de société. On change de modèle, la publicité n’est pas là pour toujours. Il faut recréer un lien avec les lecteurs. Nous sommes dans le sillage de Mediapart, ancrés sur un territoire. »

Recueilli par Paul Goupil.