"On est le réseau des sans réseaux"

Trois questions à Lucie Guesdon, cheffe de projet chez La chance aux concours, une association qui aide des jeunes candidats boursiers à préparer les concours des écoles de journalisme et qui ouvre actuellement une antenne à Rennes.

Comment est née cette association ?
Lucie Guesdon : Cette initiative était partie d’un constat de plusieurs jeunes diplômés du CFJ, qui en arrivant en rédaction, ont remarqué à quel point il y avait peu de diversité sociale, culturelle, ethnique, ou géographique parmi les journalistes. Ils se sont demandés comment agir et ont créé La chance aux concours en 2007, qui s’est notamment développée grâce aux financements de La France s’engage. Aujourd’hui, nous sommes présents à Paris, mais aussi à Marseille, Grenoble, Toulouse, Strasbourg et désormais Rennes. Le recrutement démarre maintenant et l’année scolaire commence mi-octobre. On arrive à fonctionner grâce à la bonne volonté de 300 journalistes professionnels, qui sont présents le samedi, selon leur disponibilité, corrigent des copies et font passer des oraux blancs. L’association compte aujourd’hui 2 salariés et nous rémunérons aussi les profs d’anglais qui interviennent.

Qui sont ces jeunes qui ont recours à La chance aux concours ?
Lucie Guesdon : Nous nous adressons uniquement aux boursiers. La plupart viennent de zones rurales ou de quartiers prioritaires. On recrute des profils atypiques, des bacs pro, des BTS, etc. On ne leur demande pas leurs notes : ce qui compte c’est leur motivation et leur parcours, pas forcément linéaire. On évalue aussi les chances du candidat : si il – ou elle – a de grosses lacunes en anglais ou en français, on lui conseille de revenir l’an prochain. Mais de manière générale, nos profs d’anglais sont là pour aider ces élèves qui n’ont pas eu la chance d’aller en voyage linguistique ! En plus de la formation, nous proposons aussi un coup de pouce financier : des enveloppes existent, en fonction des échelons de bourses, pour aider les candidats à payer les frais d’inscription aux concours ou à couvrir des frais de déplacement. Ensuite, en fonction des écoles où ils sont acceptés, on octroie aussi des aides pour les soutenir le temps de leur formation. Et ça fonctionne : entre la moitié et les 2/3 des candidats ont intégré une école reconnue. Notre but, c’est la formation et la création d’un réseau. On se définit souvent comme « le réseau des sans réseaux » !

L’une des principales écoles de journalisme, le CFJ, renonce aux épreuves écrites d’admissibilité pour le concours 2018. Qu’en pensez-vous ?
Lucie Guesdon :
Aujourd’hui, de manière globale, il y a des changements dans le recrutement de ces écoles. Sciences Po a par exemple arrêté la note de synthèse et choisit désormais ses candidats sur dossier et entretien. Ce que nous constatons à notre niveau, c’est une prise de conscience générale de ce manque de diversité : on n’ aurait pas autant de bénévoles si la profession ne se posait pas des questions à ce sujet. Pour les journalistes, c’est une aussi une question de légitimité : la diversité des professionnels de l’information est un gage de qualité.

Propos recueillis par Anna Quéré

Pour aller plus loin : Une émission consacrée au manque de diversité dans les médias a été diffusée sur France Culture le 4 avril dernier : https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/du-grain-a-moudre-du-mercredi-04-avril-2018