Patrick Baert, va quitter Rennes pour retrouver Pékin

Patrick Baert, 51 ans, directeur du bureau de Rennes de l’AFP depuis septembre 2012, va repartir pour Pékin où il a été journaliste entre 1997 et 2001. Il sera remplacé en septembre par Jean-Louis de la Vaissière, 63 ans, qui était à Rome depuis 2011. Retour sur une carrière dédiée à l’Agence France Presse, pour la Lettre du club.

Avant de travailler pour une grande agence de presse à Pékin, quel a été votre parcours ?
– Ma première expérience après le CFJ Paris a été l’agence Associated Press à Paris. Travailler au fil anglais a été un atout dans ma carrière, mais entrer ensuite à l’AFP ne fut pas si simple. Mon idée était de partir à l’étranger. Après plusieurs tentatives, je finirai par être recruté à Paris avec un statut qui supposait de partir. Après avoir rencontré ma femme, chinoise, je me vois proposer Pékin où je resterai quatre ans. En Chine, la presse nationale ne peut pas se permettre de sortir des informations gênantes pour le pouvoir. C’est aux journalistes étrangers de gratter pour les faire remonter, de manière difficile et limitée. Ce qui m’a valu d’être arrêté plusieurs fois. Ainsi pour suivre les démêlés entre le pouvoir et la secte Falun Gong, j’ai dû me livrer au jeu du chat et de la souris, et  quitter précipitamment des rendez-vous clandestins. En octobre 2000, je serai le seul journaliste à couvrir le rassemblement de contestataires sur la place Tien an Men. La place sera évacuée pour la première fois  depuis la révolte de 1989. Moment de grand frisson… La Chine est un pays fascinant, en transformation constante, où le passé est effacé et où les gens n’ont pas de repères, sauf l’argent.

Paris, Genève, Washington ont été vos étapes suivantes, avant Rennes…
– Oui, après quatre ans passés à Washington, au temps de la première présidence Obama, je prends à Rennes mon premier poste de directeur et je dois  apprendre une vaste région nord-ouest de la France. Je suis normand d’origine, mais je dois m’adapter aux diverses caractéristiques locales. A l’AFP, on ne s’encroûte jamais dans un poste; à chaque fois, on se remet en question. Le directeur à Rennes gère une vingtaine de personnes, sur 20 départements. Il coordonne le travail fait pour le texte, la photo et la vidéo, fer de lance du développement actuel. Pendant ces quatre dernières années dans l’ouest, j’ai vu monter la crise  de l’élevage et de l’agro-alimentaire, les revendications d’une Bretagne qui se sent décrochée, et que veut exprimer le mouvement des Bonnets rouges. En même temps, les nouvelles technologies offrent de belles opportunités  à des PME innovantes. Ce sont les deux faces d’une même région.

L’AFP, pour les années qui viennent, quelles priorités?
– D’abord tenir le cap de la crédibilité. Notre raison d’être, c’est une information  fiable, qui puisse être de référence. Lorsque j’étais à Genève, j’ai vu que  l’AFP était suivie dans de nombreux pays d’Asie, Afrique et Moyen-Orient. Aux jeunes qui entrent dans le métier, j’ai envie de dire: ne vous découragez pas! L’exigence d’explication, de pédagogie est encore plus grande dans un monde où chacun choisit son information. Un exemple de création intéressante:le  journal « 75 » qui réinvente à Paris une information locale adaptée. Donc, on peut encore innover. »

 

Propos recueillis par Paul Goupil