« Produire un film, c’est l’histoire d’une rencontre ». Trois questions à… Anna Lincoln, productrice (Kalanna Production)

Comment est née Kalanna Production ?

– C’est une société de production créée en 1997 à l’initiative de trois réalisateurs qui travaillaient essentiellement pour FR3 Bretagne et avaient le projet de développer, à la télévision, la création en langue bretonne. Ils ont démarré avec un documentaire de 52 minutes consacré aux premiers bacheliers de l’association Diwan : « Du breton dans la tête ». Puis leur catalogue s’est étoffé, avec des documentaires produits pour la plupart en collaboration avec France 3 Bretagne et plus récemment avec les télévisions locales bretonnes : Tébéo, TébéSud et TVR.

Fille de Soazig Daniellou, l’une des trois créateurs de la société, je suis arrivée chez Kalanna en 2007, et ai démarré par la production de magazines en breton à destination des jeunes et diffusés sur TVR.

La production du « Prélude d’Adrian », consacré à un jeune prodige musical franco-ukrainien, marque-t-il un tournant dans la stratégie de développement de Kalanna ?

– Au fil du temps, la fiction, essentiellement en breton, est devenue le deuxième axe de développement de la société.

Kalanna produit aussi des films pour le marché national et international. Le « Prélude d’Adrian », réalisé par Laëtitia Gaudin-Le Puil est le premier documentaire du genre à sortir sur les écrans. Il nous ouvre à des sujets qui peuvent concerner un large public. Mais le choix de produire ce sujet est surtout l’histoire d’une rencontre.

Laëtitia et moi habitons la même commune, en Nord-Finistère. Je connaissais d’elle un premier film « Bienvenue Mister Chang », remarqué pour son « humanité ».
La première fois qu’elle m’a parlé de son projet, nous étions dans la file d’attente de la pharmacie du bourg. En deux minutes, elle me l’a pitché, soulevant des enjeux qui, comme elle, m’interpellent. J’ai dit : « Banco, quand est-ce qu’on s’y met ? » Je crois que cela l’a un peu étonnée. Trois ans plus tard, je trouve notre pari réussi.

Quels projets sont dans vos cartons ?

– La société veut accompagner dans l’écriture et contribuer au passage à la réalisation de jeunes cinéastes. Elle produit des réalisateurs aux sensibilités très diverses. Parmi les six documentaires et les quatre fictions actuellement en chantier, les sujets parlent du Rwanda et de la recherche du pardon, de la maternité et de la PMA, de l’enfance… Un des documentaires sera réalisé en breton et en langues des signes. Comme nous sommes peu de producteurs bretonnants, je réponds le plus souvent à la sollicitation de réalisateurs, pour monter des sujets en langue bretonne et dans le cadre de la Bretagne. Même si j’essaie aussi de viser le niveau national pour une meilleure visibilité et la reconnaissance de nos auteurs.

Propos recueillis par Clotilde CHERON