[Retour sur] Liberté d’informer en France : mythe ou réalité ?

Après avoir été votée à l’Assemblée nationale, la proposition de loi sur la « Sécurité globale » va être débattue au Sénat. Face à la contestation populaire de ce texte, et en particulier de son article 24 qui vise à restreindre la diffusion d’images, le Club de la Presse de Bretagne avait décidé de réunir à Rennes deux sénatrices, une députée ayant voté ce texte, un représentant du syndicat de policiers Alliance et le premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ). L’occasion pour chacun(e) de faire valoir ses arguments et aux sénatrices de nourrir leur réflexion, lors d’un débat animé par le co-président du Club de la Presse de Bretagne, Stéphane de Vendeuvre.


« La proposition de loi Sécurité globale est issu du rapport parlementaire d’Alice Thourot et de Jean-Michel Fauvergue  » d’un continuum de sécurité, vers une sécurité globale  » a tenu à rappeler, d’emblée, Christine Cloarec, député La REM de la cinquième circonscription d’Ille-et-Vilaine. Pourtant, selon la sénatrice centriste Françoise Gatel, qui a insisté sur « la nécessité de concilier sécurité et liberté d’informer » il est incontestable que « ce texte a manqué de travail préparatoire ». Un avis partagé par la sénatrice socialiste, Sylvie Robert qui, en visio depuis le Sénat, a par ailleurs rappelé son opposition à ce que la loi de 1881 sur la presse soit modifiée avant d’ajouter que « la nécessaire protection des forces de l’ordre ne doit en aucun cas aboutir à une limitation du droit d’informer ».

Car tel est le risque posé par l’article 24 de la proposition de loi Sécurité globale. Un risque avéré selon le premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ), Emmanuel Poupard, qui a souligné combien « il était illusoire, dans un monde d’images, de vouloir limiter leur diffusion et que ces images relevaient de la transparence totale dont sont redevables tous les agents de l’État ».

Mais encore faut-il pouvoir concilier cette transparence avec la sécurité des policiers et gendarmes. Et a fortiori de leur famille. Un enjeu de taille, à l’heure où « le nombre de cas de violences à l‘encontre des forces de l’ordre explose » a pour sa part rappelé Frédéric Gallet, représentant départemental du syndicat Alliance, avant d’insister sur la demande des policiers d’être protégés « dans l’exercice de leur métier et dans la vie privée ».

Une difficile conciliation dont ces trois parlementaires et deux syndicalistes ont débattu pendant deux heures, lundi soir, dans nos locaux, rue Martenot à Rennes, sous l’arbitrage de Stéphane de Vendeuvre, coprésident du Club de Presse de Bretagne qui a rappelé que ce texte s’inscrivait dans la continuité d’autre lois – loi n°2018-670 du 30 juillet 2018, relative à la protection du secret des affaires et loi n°2018-1202 du 22 décembre 2018, relative à la lutte contre la manipulation de l’information – restreignant la liberté d’informer.