Trois questions à Alexandra Turcat, cheffe du service Monde, Ouest France

Pour traiter d’un événement d’envergure mondiale tel que la guerre en Ukraine, quels sont les atouts de la PQR, en particulier Ouest France, face à la « force de frappe » des chaînes d’information en continu ?

Ouest France a une longue tradition de couverture de l’actualité mondiale, avec un réseau d’une cinquantaine de correspondants dans le monde et au siège, un service International pour gérer les dépêches des agences et apporter son analyse des événements.
Elle s’appuie aussi sur sa couverture locale, très riche en témoignages, de réfugiés, de personnes installées en France, et qui ont été publiés aussi bien sur le web que dans le journal papier. Comme on l’a constaté lors de la chute de Kaboul en août dernier, c’est un atout majeur puisqu’il permet au lecteur de se sentir proche de l’actualité qui peut toucher un voisin, une connaissance proche, lui redonner du sens dans un monde globalisé. 

Comment vous organisez-vous avec vos correspondants sur place ?

La sécurité est notre règle numéro 1.Dès le début du conflit en Ukraine, nous avons fait appel à nos correspondants installés dans les pays frontaliers, en Pologne, Hongrie, Roumanie…, ou comme Paul Gogo, en Russie.
Nous travaillons régulièrement avec des professionnels aguerris comme par exemple Philippe Lobjois, reporter de guerre en Afghanistan, Irak, Birmanie, Colombie…
Nous avons reçu des propositions comme celle d’Alexis Gilli, présent à Odessa, ou de Justine Salvestroni, qui est à Lviv.
Nous avons vérifié avant de donner notre accord qu’ils disposaient de l’équipement nécessaire – auquel nous contribuons si besoin- et d’une assurance spéciale. Mais notre politique est de n’envoyer personne sur les lignes de front, puisque c’est un travail déjà assuré par les agences. Nous privilégions les sujets qui relatent la vie des gens, pas les scoops.

Dans un contexte déjà très anxiogène avec la Covid, comment gérez-vous l’exposition de vos lecteurs aux images de violence ?

Une autre règle majeure d’Ouest France est de ne jamais montrer de corps de blessés, de morts, ou de personnes présentées dans des situations dégradantes.
De telles photos provoquent un choc qui fait rejeter l’information. Nous privilégions les témoignages, les récits sont plus forts que l’image car ils permettent de se projeter.
Nous avons la volonté de porter l’information sans aller vers la facilité, donner les clés pour mieux la comprendre, en la replaçant à l’échelle humaine.

Propos recueillis par Clotide Chéron