Trois questions à Inès Léraud

La journaliste et documentariste vient de publier « Algues vertes. L’enquête interdite », une bande-dessinée qui rencontre un succès inattendu. Elle sera présente lors d’une conférence à Saint-Brieuc le 5 novembre prochain, consacrée à l’investigation au féminin.

Portrait le jeudi 9 novembre 2017 de Ines Léraud, productrice de France-Culture basée en Bretagne (Commune de Maël-Pestivien dans les Côtes d’Armor)

Déjà 35 000 exemplaires vendus. Vous attendiez-vous à un tel succès ?

Inès Léraud : Je suis surprise et heureuse de l’accueil de cette bande-dessinée. On ne s’y attendait pas du tout ! 10 jours après la sortie, au mois de juin, il y a eu énormément de commandes des libraires. Depuis, on a connu 6 ruptures de stock ! Je reçois des messages de lecteurs tous les jours : des scientifiques, des agronomes, des lecteurs de tous horizons. Mon agenda est rempli sur de longs mois pour des conférences, des signatures ou des rencontres dans des lycées. Ecrire une BD a donné une nouvelle dimension à mon travail : comparé à des articles ou à des émissions de radio, ça change la donne de pouvoir raconter une histoire de façon complète, de faire vivre des personnages, de retracer une enquête au long cours. Il y a une forme d’unicité très satisfaisante. Il y a eu beaucoup de relectures juridiques mais avec la BD, on a davantage de liberté, je trouve.

Vous travaillez de longue date sur ces questions environnementales…

Inès Léraud : Oui, ça fait dix ans maintenant que je travaille là-dessus. J’avais commencé en enquêtant sur la maladie de ma mère, empoisonnée aux métaux lourds. Je suis arrivée en Bretagne il y a 5 ans, avec une enquête sur les salariés empoisonnés de Triskalia, qui avait été diffusée sur France Inter. Un collectif de soutien s’est d’ailleurs créé à la suite de cette émission. J’ai ensuite continué avec « Le Journal breton », sur France Culture, qui consistait en une immersion en vingt épisodes dans la commune de Maël-Pestivien.

Y a t-il une spécificité de l’investigation au féminin ?

Inès Léraud : Je pense qu’être homme ou femme change effectivement la donne. C’est l’objet de la conférence à laquelle nous sommes invitées, Morgane Large [de Radio Kreiz Breizh] et moi, le 5 novembre. Cela m’a obligée à repenser à des situations que j’ai vécues, à y réfléchir. Dans le monde agricole, on est d’ailleurs essentiellement confronté à un monde d’hommes, à quelques exceptions près. Dans la BD, il y a quelques « héroïnes » féminines, comme la vétérinaire ou la maire d’Hillion, Yvette Doré. C’est la seule qui prend le problème à bras-le-corps. Il y a aussi Chantal Jouanno, qui ose dénoncer une omerta. On trouve aussi des « héros » masculins, bien entendu, mais les rares femmes présentes font preuve d’ un courage certain.

Inès Léraud et Pierre Van Hove, Algues vertes. L’histoire interdite, La Revue dessinée-Delcourt, 2019

Propos recueillis par Anna Quéré
Photo : Vincent Gouriou