Trois questions à Marie-Christine Bonzom, journaliste et politologue : « La société américaine est en crise et profondément divisée »

Rennaise d’origine, Marie-Christine Bonzom a travaillé comme correspondante aux Etats-Unis pendant une trentaine d’années, dont près de vingt ans pour la BBC. Cette spécialiste de la politique américaine a participé la semaine dernière, avec le professeur Gildas Le Voguer et le consul des Etats-Unis à Rennes, à une table ronde organisée par l’Institut franco-américain sur les élections présidentielles aux Etats-Unis. Elle livre pour La Une du Club de la Presse ses impressions sur un pays en crise et dont la profonde division rend cette élection très incertaine.

Comment vous apparaissent les Etats-Unis aujourd’hui ?

– A l’instar de bon nombre de démocraties occidentales, les Etats-Unis sont un pays en crise. C’est une crise protéiforme puisqu’elle est à la fois économique, démocratique, sanitaire et politique. Et cette crise révèle une profonde division de la société américaine ; non pas en deux camps, avec d’un côté les Démocrates et de l’autre les Républicains, mais en trois puisqu’aujourd’hui 40% des Américains ne votent pas. Ce nombre croissant d’abstentionnistes révélant un rejet massif de politiciens perçus comme « hors sol » voire corrompus. D’où la grande difficulté à pronostiquer un gagnant entre les deux actuels concurrents à la Maison Blanche.

Quelles réformes faudrait-il instaurer pour remobiliser les électeurs ?

– La société américaine a désormais atteint le paroxysme du système bi-partisan qui a longtemps fait son sel. Face à un système désormais extrêmement rigide et à l’incapacité des médias – et en particulier des chaines d’information continue – à sortir de la théâtralisation de la vie politique, le débat public semble bel et bien sclérosé. Pour sortir de cette situation, il conviendrait d’abord de passer du système des grands électeurs à une démocratie directe. Le président ne pourrait plus ainsi être élu avec moins de voix au total que son concurrent comme cela fut le cas en 2000 avec George W. Bush face à Al gore ou en 2016 avec Donald Trump face à Hillary Clinton. A l’instar de ce que les états du Nebraska et du Maine ont mis en place, une part de proportionnelle pourrait aussi être instaurée. De même, faudrait-il supprimer la commission des débats présidentiels et vice-présidentiels que les Républicains et les Démocrates ont créés en 1987 pour régir les débats télévisés et ainsi privilégier leurs candidats. Enfin, pour donner un peu d’air au système, il me semble primordial que les médias nationaux reprennent la main en invitant les candidats des « petits partis » et s’inspirent de ce que la ligue des femmes électrices avait fait en 1976, lorsqu’elle avait été chargée d’organiser le débat présidentiel.

La crise de la Covid pourrait-elle influencer le résultat des élections ?

– Les quelque 235 000 morts imputables au corona virus et le nombre considérable de familles touchées montrent combien cette crise sanitaire aura impacté la campagne électorale. Les déclarations des deux candidats sur la mise sur le marché d’un futur vaccin démontrent également l’empreinte de la Covid sur l’élection du 46e président des Etats-Unis. Il faut enfin garder à l’esprit qu’avec l’économie et l’emploi, la santé fait partie des principales préoccupations des américains.