Trois questions à Philippe Créhange, rédacteur en chef du Mensuel de Rennes Son livre dévoile le « mystérieux Club des Trente »

1988-2019: trente ans de l’histoire économique et même politique de la Bretagne défilent dans ce livre alerte et bien informé sur l’action discrète d’un Club de grands patrons devenus des poids lourds de l’économie, au-delà des limites régionales. Pinault, Le Duff, Roullier, Glon, Bolloré, Guillemot… y figurent notamment. Au-delà de leur influence en coulisses, quel a été leur poids réel ? Philippe Créhange répond à nos questions.

Comment avez-vous pu entrer dans les coulisses de ce fameux club de grands patrons?

– A force de les voir dans mon travail de reporter économique, j’ai eu envie d’écrire sur le fonctionnement de ce Club très discret mais dont le poids est évident. Claude Champaud, le très respecté professeur de droit, disparu en mars dernier, m’avait dit : « Contactez de ma part Jean-Luc Le Douarin ». Cet ancien président du CELIB – modèle pour le Club des Trente – et patron du groupe SMPO (Société des magasins périphériques de l’Ouest) m’a reçu. Après m’avoir jaugé, il s’est levé et est allé chercher un gros dossier marqué « Club des Trente ». J’étais comme un archéologue découvrant un trésor, et des portes jusqu’alors fermées se sont ouvertes. Et j’ai pu écrire ce premier livre, avec l’appui éclairé de Benjamin Keltz.

L’ influence des Trente a été moins grande qu’on aurait pu le croire?

– « Le bilan de leurs trente ans est mitigé. Le plus grand succès reste la Ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes. En matière législative, ils ont infléchi les textes dans le sens d’une protection du patrimoine des créateurs d’entreprises, et poussé le statut d’auto entrepreneurs. Ils ont structuré une vision de l’économie régionale. En revanche, leur engagement pour l’aéroport de Notre Dame des Landes n’a pas été productif, en partie à cause des divergences entre Bretons, Nantais et Vendéens. Des frictions entre patrons bretons (Bolloré et Guillemot) ont aussi affaibli leur poids réel, et le « nouveau monde » surgi avec Emmanuel Macron n’est pas vraiment le leur. Aujourd’hui, le Club a besoin d’une nouvelle feuille de route.

Votre conclusion est prudente?

– Oui, à la fin de sa vie, Jean-Luc Le Douarin le confiait : « Notre influence n’a pas été aussi puissante qu’elle aurait pu l’être ». Deux visions coexistent : l’une plus accrochée à. la cause bretonne, l’autre ouverte à un Ouest allant de la Bretagne à la Vendée. Et puis à l’heure du numérique et de l’urgence climatique, les enjeux doivent être redéfinis. »

« Le mystérieux Club des Trente », Philippe Créhange, aux Editions du Coin de la rue

Propos recueillis par Paul Goupil