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Elodie AUFFRAY
18 mai 2026
Rennes 2 rejoint une équipe internationale sur la désinformation

Rennes 2 rejoint une équipe internationale sur la désinformation

L'Université Rennes 2 vient de rejoindre la Chaire Unesco en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, qui a pour but de développer des recherches et des outils de prévention pour les acteurs de terrain. Rennes 2 est aussi le partenaire français du projet européen DEEP Dialogue, qui entend répondre aux défis de la désinformation et de la perte de confiance, en expérimentant de nouveaux formats de dialogue. C'est Sylvain Delouvée qui porte ces deux projets. Maître de conférences en psychologie sociale, il travaille de longue date sur ces sujets.

Quels sont les objectifs de la chaire Unesco, en matière de lutte contre la désinformation?

La chaire s'est créée pour analyser le phénomène de la radicalisation sous l'angle des sciences humaines et sociales. Puis elle s'est élargie aux questions d'extrémisme violent, de polarisation. La désinformation fait partie de ce champ. Les travaux sont pour l'instant très nord-américains, l'objectif est maintenant d'ancrer la chaire en France et en Europe.

En quoi consiste le projet DEEP Dialogue?

C'est un projet financé par l'Union européenne. Il vise à travailler sur la diminution de la polarisation dans les débats, à travers une série d'expérimentations dans différents pays: avec la police en Allemagne et en Pologne, avec des journalistes en Belgique... L'objectif n'est pas de considérer qu'il faut aboutir à un consensus ou faire changer les gens d'opinion, mais de renouer avec une forme de dialogue. Aujourd'hui, la polarisation empêche le débat. On n'est plus dans de l'argumentation pour essayer de convaincre l'autre, on est dans l'utilisation d'outils de désinformation pour créer de la cohésion dans son groupe.

Comment cela va-t-il se traduire?

On commence en septembre, sur trois ans. Côté français, on travaillera sur la polarisation en contexte pénitentiaire, avec des interventions auprès de détenus. On est dans une démarche scientifique, expérimentale : on élabore des outils, des dispositifs, on les teste, on les évalue, on revient sur cette évaluation pour les améliorer ou les abandonner.

Quels peuvent être ces dispositifs capables de créer les conditions du dialogue ?

Au Canada, on teste actuellement différentes formes de dialogue, par exemple l'entretien motivationnel, qui est utilisé en santé publique, autour de l'anti-vaccination notamment. On essaye de voir si on pourrait appliquer cette méthode à des questions sociétales: le genre, l'immigration, le climat. L'entretien motivationnel consiste à ne pas essayer de faire changer l'avis de la personne en face. Elle doit trouver elle-même la motivation de changer. L'idée, c'est de lui permettre de s'exprimer, d'élaborer sa pensée, pour en venir à se dire qu'elle a envie de changer. Mais ça peut être long et ça ne fonctionne pas forcément. Si la personne n'a pas envie de changer, toute forme extérieure de coercition ou d'opposition n'aboutira qu'à un effet temporaire ou à une forme d'extrémisation.

Qu'est-ce qui vous a amené à vous pencher sur ces questions?

Je travaille depuis plus de 15 ans sur les croyances collectives et, plus précisément, ce que j'appelle les croyances de la vie quotidienne: superstitions, rumeurs, théories du complot... Je me suis fait dépasser par mes objets de recherche: les théories du complot se sont transformées en un complotisme mondial, avec les attentats terroristes, la pandémie... Les petites rumeurs se sont transformées en actions de désinformation orchestrées, soit par des pays étrangers, soit par des individus cherchant à gagner de l'argent ou de la notoriété.

Il y a 15 ans, quand je disais que je travaillais sur les théories du complot, ça faisait sourire mes collègues. Aujourd'hui, on voit que ça a des conséquences, en termes de santé publique et démocratiques.

Qu'est-ce qui peut expliquer ces dynamiques du doute et ces croyances complotistes?

Avant, on cherchait beaucoup, en psychologie, à comprendre à quoi les gens croyaient et pourquoi. On s'aperçoit aujourd'hui que les gens ne croient pas forcément, ils utilisent des croyances pour défendre des appartenances identitaires, communautaires. Ils peuvent même diffuser des informations contraires à leurs croyances, à partir du moment où cela défend leur groupe et attaque le groupe ennemi. C'est l'utilisation fonctionnelle des croyances et de la désinformation qui nous intéresse un peu plus aujourd'hui, en psychologie. Par exemple, sur le vaccin, penser que les antivax n'ont pas compris le fonctionnement du vaccin, c'est faux. Ca voudrait dire qu'il suffirait de leur expliquer pour qu'ils changent d'avis. Mais ils sont opposés à la vaccination pour d'autres raisons.

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