Pigistes: "Pour survivre, il faut se mettre en réseau"
Vous vous en souvenez peut-être: en janvier 2014, sous le titre « Vis ma vie de pigiste non rémunéré », quatre jeunes pigistes de presse écrite, multimedia, télé et radio, avaient lancé un « coup de gueule » pour dire leur fatigue d’être « utilisés » par des médias (pas tous, bien sûr) qui s’emparent de leurs idées et les réalisent en interne. A l’occasion des 40 ans de ce Club qui a créé – à l’initiative de trois pigistes, Audrey, Carole et Nolwen- un bureau dédié à ces professionnels et précieux pour eux, notamment à leurs débuts, nous avons rencontré deux collectifs représentatifs. C’est le photographe François Lepage qui a eu l’idée du nom « Lemon Press » ( « pressé comme des citrons… ») qui regroupe 6 journalistes dans un collectif créé fin 2014, dans des bureaux partagés avec deux architectes. Dans leurs locaux de l’avenue Barthou à Rennes, Lisette Gries et Isabelle Jarjaille disent leur plaisir d’avoir un « lieu à nous ». « Déjà, venir au travail, c’est mieux que travailler à domicile, c’est la possibilité de laisser son ordi et sa documentation. Pour nous, le fait de se parler est essentiel, que ce soit pour pour encaisser les déconvenues ou pour échanger des tuyaux avec des collègues. Nous nous sommes choisis et nous avons confiance les uns dans les autres. Ici, pas de sangsues piqueuses de sujets! » Au lieu de rester isolés, les pigistes ont intérêt à jouer collectif, y compris pour faire front face à des commanditaires qui tirent les tarifs vers le bas, ou ne reconnaissent pas la valeur ajoutée qu’apportent les piges. Conclusion claire: « Pour survivre, il faut être en réseau. »
Carole André , qui s’exprime au nom des 8 professionnels d’ Objectif Plume, salue aussi le travail du bureau des pigistes (« Un bel outil à faire vivre »). L’ association Objectif plume réalise depuis 2006 des projets ponctuels. Exemples: un webdocumentaire en 2008 et l’animation d’un blog pour les « veilleurs » sur la ville de Rennes. Carole insiste sur l’idée qu’être pigiste n’est pas une fatalité, mais peut être le support d’une vraie carrière, à condition de faire un choix clair, assez tôt, et de ne pas rester flottant(e). « Nous devons nous fixer nos objectifs, comme dans une rédaction classique, nous projeter dans le futur. » En tout cas, n’opposons pas les salariés des medias et les pigistes. La situation économique est assez difficile pour qu’on ne joue pas un statut contre un autre. Tous défendent la liberté de l’information et sa qualité.
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