Journalisme de sport : quelle place pour les femmes dans les rédactions ?
Alors qu’une tribune dans Libération dénonçait le manque de femmes journalistes dépêchées par les rédactions lors de la coupe du monde de football (10 femmes sur 150 journalistes!) Sandy Montañola, enseignante-chercheuse au laboratoire CNRS Arènes (Université de Rennes) et l’association Femmes Journalistes de Sport ont sorti leur deuxième étude sur la place des femmes dans les rédactions sportives.
Depuis la première étude de 2022, la part des femmes dans les rédactions sportives est passée de 15% à 17% entre 2022 et 2025.
« Pour moi, en tant que chercheuse, ce n’est pas étonnant qu’il y ai une évolution si faible. Ça touche la morphologie d'une profession dans son intégralité. Il ne va pas y avoir un renouvellement et une féminisation massive en trois ans.
Le journalisme, c'était aussi un métier masculin qui s'est féminisé petit à petit. Maintenant, on sait qu'on est arrivé à quasi 50-50, sur la carte de presse. Mais on sait aussi que cette féminisation, elle cache des inégalités. Les femmes représentent la moitié des détenteurs de la carte de presse mais on sait que ce n'est pas complètement homogène. Et donc, dans le journalisme de sport, en trois ans, on savait qu'on n'allait pas passer à 50 % », explique Sandy Montañola.
Une disparité importante
Ce qui ressort de cette étude, c’est que les rédactions font plus souvent appel aux femmes en tant que pigiste donc avec des statuts plutôt précaires.
« Là, par exemple, sur ce qu'on a pu montrer, c'est aussi parfois la volonté, pour certains médias, de pouvoir féminiser. Mais comme ils ont des équipes qui sont déjà en place, si aucun des hommes ne part, ils ne vont pas licencier un homme pour aller recruter une femme. Donc c'est une façon pour eux de féminiser ».
Toutefois, la disparité entre média reste très importante et près d’un quart des rédactions recensées sont encore exclusivement masculine.
« Si on regarde les chiffres, on a l'impression qu'il y a un progrès constant, parce qu'on prend tout le monde. Mais en fait, il y a des médias qui ont embauché des femmes et d'autres qui ont finalement moins de femmes maintenant, qu'il y a trois ans ».
Les femmes sont moins bien perçues dans le sport
« Je pense que la première vraie question qui se pose, ce sont les résistances qu'il y a dans certaines rédactions. Et ce qu'ont montré les travaux de recherche, c'est que c'est un métier qui est trop concurrentiel. Il y a beaucoup de personnes qui veulent faire ce métier-là et finalement, il n'y a pas tant de postes que ça. Et plus les métiers sont concurrentiels, plus la concurrence va jouer en défaveur des femmes pour différentes raisons. On sait que, par exemple, la perception du temps disponible des femmes est moins favorable. Il y a aussi une sorte de vision de femmes qui seraient moins compétentes sur le sport, elles aimeraient moins le sport parce qu'il y a des différences entre hommes et femmes mais qui sont aussi liées aux différences de socialisation ».
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